Triste nouvelle pour le monde de la chanson française. Le chanteur engagé Jean Ferrat, qui résidait depuis des années en Ardèche, ce qui lui avait inspiré sa célèbre chanson La montagne en 1964, est décédé samedi à l’âge de 79 ans. Il s’est éteint à l’hôpital d’Aubenas, où il avait été hospitalisé quelques jours auparavant, a précisé le sous-préfet de Tournon-sur-Rhône.
Né le 26 décembre 1930 à Vaucresson, dans les Hauts-de-Seine, Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, a 11 ans lorsque son père, juif émigré de Russie, est déporté. L’enfant est sauvé grâce à des militants communistes, ce qu’il n’oubliera jamais. A la Libération, il quitte le lycée pour aider sa famille, et devient aide-chimiste jusqu’en 1954, date à laquelle il passe ses premières auditions dans des cabarets parisiens. Après avoir écrit la musique des Yeux d’Elsa (1956) pour André Claveau, il chante régulièrement à La Colombe, puis fait sa première grande scène à l’Alhambra en 1961 où il triomphe avec Ma môme, et Deux enfants au soleil.
La scène et l’engagement politique
Rapidement, Jean Ferrat choisit d’interpréter des textes plus engagés, comme Nuit et Brouillard (1963), non diffusée par les radios, puis Potemkine (1965), interdite d’antenne. Compagnon de route du PCF, sans jamais en avoir été membre, il affirme haut et fort ne pas être un « béni-oui-oui » du parti. Ainsi ses chansons Camarade qui dénonce l’invasion russe de Prague en 1968, ou Bilan (1980) qui fustige la déclaration de Georges Marchais sur le « bilan globalement positif » des pays de l’Est.
A la scène, qu’il quitte après un passage au Palais des sports en 1972, il préfère son Ardèche d’adoption. En 1974 et 1995, Jean Ferrat consacre avec succès deux albums à Louis Aragon dont il met les textes en musique (Que serais-je sans toi ?, Heureux celui qui meurt d’aimer). Réticent à passer à la télévision, le chanteur sort d’un long silence en 2003, pour l’émission Vivement Dimanche de Michel Drucker. Il y défend ses deux passions, la chanson et la politique, s’insurgeant notamment contre la grande industrie du disque qu’il estime dangereuse pour la liberté de création.
En 2007, Jean Ferrat s’était prononcé en faveur d’une candidature de l’altermondialiste José Bové comme représentant d’une gauche antilibérale pour l’élection présidentielle. Son dernier engagement politique était, dans le cadre de la campagne des élections régionales, le soutien de la liste du Front de Gauche en Ardèche. Jean Ferrat, qui a été marié à la chanteuse Christine Sèvre, décédée en 1981, avait reçu le prix de l’académie Charles Cros (1963) et le grand prix de la chanson de la SACEM (1994).
La secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet s’est déclarée « bouleversée » par la disparition du chanteur Jean Ferrat, toute sa vie compagnon de route du parti sans jamais en avoir été membre, évoquant une « grande perte ». Dans un communiqué, Mme Buffet écrit que « notre ami, notre camarade Jean Tenenbaum dit Jean Ferrat est parti ce samedi rejoindre ses amis les poètes ». La numéro un du PCF affirme que « pour elle comme pour des millions de Français, quelque chose de nous s’en va avec lui », « tant de personnes » lui étant « redevables de tant de souvenirs intimes ou collectifs ».


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