A 85 ans, Jean Brilleaud était l’un des accusés les plus âgés jamais jugés par une cour d’assises. Cet ex-thérapeuthe parisien, qui se présentait comme «psychagogue», a été condamné à 6 ans de prison ce soir par la cour d’assises de Paris. Il n’avait jamais été détenu dans cette affaire. Reconnu coupable de viols sur quatre anciennes patientes, dont une mineure, entre 1990 et 1998, l’accusé a quitté l’audience entre deux gendarmes pour être incarcéré à Fresnes (Val-de-Marne), une prison adaptée à son état de santé.
«Ce procès et ce verdict démontrent qu’une procédure portant sur des faits très anciens peut aboutir. Mes clientes sont soulagées», réagit Me Eric Morain, avocat de trois plaignantes. L’un d’elles avait dénoncé les faits le jour de ses vingt-huit ans, soit le dernier jour avant que la prescription ne rende impossible toute poursuite.
Sous l’emprise psychologique du thérapeute
A treize ans, cette adolescente était allée consulter une thérapeute dans l’espoir de rémédier à des difficultés scolaires. La thérapeute l’a rapidement orientée vers son compagnon de l’époque, Jean Brilleaud, formateur en entreprise à la retraite qui avait fondé en 1985 le Centre de recherches de psychologie structurale. Selon l’adolescente, le travail du «psygagogue» consacré à la réflexion intellectuelle était suivi par des séances de bien-être corporel où elle était photographiée nue et subissait attouchements et viols. Pendant l’instruction, les expertises psychologiques des plaignantes ont souligné la situation d’emprise psychologique par rapport au thérapeute.
6 000 photos de femmes nues
A son procès, Jean Brilleaud a rejeté en bloc les accusations des jeunes femmes, mettant en avant son âgé avancé, sa santé précaire et sa perte de mémoire. A la barre, plusieurs autres anciennes patientes, pour lesquelles les faits étaient prescrits, ont dénoncé les mêmes agissements passés du thérapeute. Les quelque 6 000 photos de femmes nues saisies pendant l’enquête ont sans doute achevé de convaincre les jurés.
«Anciens, les faits n’en restaient pas moins graves, insiste Me Morain. Une des victimes avait moins de quinze ans et l’accusé a abusé de son autorité, soit deux circonstances aggravantes.» Jean Brilleaud, contre lequel l’avocat général avait requis 8 ans de prison, a dix jours pour faire appel.
