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La femme est l’avenir de la femme – par Philippe Bilger

samedi 9 mars 2013 à 18 h 05 min | Aucune réaction

Le ridicule de cette Journée internationale des femmes. De la femme enfermée dans un ghetto spécifique. Regardée comme si elle n’appartenait pas à notre humanité mais relevait d’une espèce étrange. Aux moeurs, maux et vertus particuliers.

Le nombre d’absurdités que cette célébration a suscitées est infini. Les femmes y ont pris largement leur part.

On comprend pourquoi François Hollande s’est senti si bien au milieu d’elles : elles se contentent de la douceur des mots et de la considération du coeur. Un temps, il s’est échappé de la rudesse de la politique et le sentiment d’être apprécié, aimé, par une sorte de grâce d’Etat, a dû le combler au-delà de tout.

Ce qui a tourné autour du 8 mars est, chaque année, plus fascinant. Il ne s’agit même plus de démontrer l’égalité des sexes, ce qui va de soi pour tout humain normal, mais subtilement ou ostensiblement, comme pour rattraper des siècles de virilité dominatrice, que la femme serait supérieure à l’homme dans beaucoup de domaines, y compris, paraît-il, celui des entreprises .

Pourquoi pas ? Ce qui est comique tient à la surenchère, à la course éperdue vers un féminisme délirant de la part, souvent, de personnalités masculines qui semblaient à l’abri de tels excès.

Il est amusant de relever que des responsables socialistes des deux sexes ont fait semblant de ne rien comprendre à l’appréciation portée par NKM sur Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem osant même la qualifier de « la plus misogyne », ce qui est une ânerie. En réalité, NKM a exprimé un point de vue partagé par beaucoup : dépendant en définitive maintenant de François Hollande sur le plan politique, Ségolène Royal n’est plus totalement maîtresse du jeu. Et c’est dommage pour une femme de son talent et de sa force.

Il paraît qu’on recherche désespérément quelques femmes pour les faire reposer au Panthéon. Je me félicite déjà que pour Stéphane Hessel, l’hommage se soit arrêté aux Invalides. Les socialistes, Anne Hidalgo en tête, soutiennent la cause de Louise Michel et d’Olympe de Gouges. On évoque même l’éventualité de Simone de Beauvoir. Comme consensus, on peut mieux faire !

On s’interroge gravement sur le point de savoir si « la femme est l’avenir de la Justice ». Tant qu’on y est, pourquoi pas l’inverse ? Ce type de réflexion, qui se veut progressiste, est surtout creux car la femme, pas plus que l’homme, n’est l’avenir de la justice pour la raison irréfutable que l’homme et la femme se trouvent au coeur de celle-ci. Et qu’à l’évidence, à tout prendre, l’avenir, tous les avenirs, partout, sont masculin et féminin.

Même la Bâtonnière de Paris se laisse aller au penchant d’aujourd’hui en publiant un livre sur un certain nombre de femmes qu’elle juge remarquables. A mon grand étonnement, elle y place Christine Lagarde : elle aurait pu, dû être plus prudente même si l’ancienne ministre n’a pas encore été mise en examen dans l’affaire Tapie.

En fait, j’en ai plus qu’assez de ce totalitarisme au quotidien qui impose par exemple une parité inepte pour le gouvernement : comme en 2012 où des choix malencontreux ont été opérés parce que le sexe a prévalu sur la compétence.

Je ne doute pas qu’il pourra y avoir demain des configurations politiques où les femmes devront être plus nombreuses que les hommes dans les instances de pouvoir. Cette obligation quantitative d’équité, là où l’inégalité du talent, de l’esprit et de l’énergie est une chance, représente l’une de ces fausses avancées de la modernité. On nivelle quand on a à discriminer, peu importe le sexe gagnant.

Une note gaie, une note courageuse pour terminer.

Feuilletant d’un regard distrait « La Parisienne », je m’arrête sur la magnifique Eva Herzigova, « 40 ans au top ». Je me donne le droit de dire qu’elle est une très belle femme sans éprouver le besoin, pour me faire pardonner, de consacrer l’essentiel de mon propos à son intelligence au demeurant incontestable. Cette dictature qui peu ou prou ne nous autorise plus des admirations esthétiques explicites est insupportable. Il faudrait toujours les diluer dans autre chose !

Clémentine Autain, pour sa part, fidèle à un combat féministe digne de ce nom, a recueilli cent témoignages de femmes victimes de viols. Elles racontent. Elles enseignent. J’ai écrit il y a longtemps un billet sur le livre plein de douleur et d’espoir que Clémentine Autain, victime elle-même, avait publié. Son destin exemplaire montrait que le viol n’était pas une prison et que l’avenir, contre la politique du pire, continuait d’exister (nouvelobs.com).

Qu’on cesse de vouloir pour la femme un autre pays, une autre langue, une autre identité, un autre futur que les siens : la femme est seulement l’avenir de la femme.

C’est déjà beaucoup.

Article écrit par Philippe Bilger, président de l’Institut de la parole, et diffusé avec son aimable autorisation.






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