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Areva : des indemnités pour la PDG, un cancer pour le salarié

Jeudi 9 février 2012 à 9 h 41 min | Aucun commentaire

Pendant que trois juges se penchent sur les indemnités de départ de l’ancienne PDG d’Areva, Anne Lauvergeon (qui doit toucher 1,5 million d’euros), une affaire bien plus dramatique est passée quasiment inaperçue.

Serge Venel est mort d’un cancer du poumon en 2009 après avoir travaillé huit ans, de 1978 à 1985, pour une filiale d’Areva au Niger. Il était responsable de la maintenance pour la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), une filiale détenue aujourd’hui à 34 % par Areva [1], qui exploite les gisements d’uranium nigériens, notamment la mine géante d’Arlit, dont l’uranium, une fois importé et enrichi en France, sert de combustible aux centrales nucléaires.

Le cancer broncho-pulmonaire dont il a été victime, lié à l’inhalation de poussières radioactives, a été reconnu comme maladie professionnelle par la Sécurité sociale. La famille de Serge Venel a donc entamé une procédure contre Areva, visant à faire reconnaître la “faute inexcusable de l’employeur”. L’audience s’est déroulée le 3 février au tribunal des affaires de Sécurité sociale de Melun (Seine-et-Marne). Areva se défend en arguant ne pas être l’employeur du salarié décédé (vive la sous-traitance !). La maladie ayant été contractée au Niger, c’est, selon la multinationale, l’État nigérien « qui est concerné ». Les expatriés du champion français du nucléaire apprécieront… « Areva, titulaire de la concession minière d’Arlit et actionnaire – alors majoritaire – de sa filiale Cominak, est l’employeur réel », a rétorqué Jean-Paul Teissonnière, avocat de la famille et spécialisé dans le droit du travail. Le délibéré sera rendu le 11 mai.

« Pour une maladie professionnelle reconnue chez un salarié français ayant travaillé au Niger, combien de morts et de malades dus à la radioactivité – rendus invisibles par les choix d’organisation du travail – chez les travailleurs du Niger et dans la population riveraine des mines et des usines d’uranium dans ce pays ? », s’interrogent l’association « Santé–sous-traitance du nucléaire–chimie », animée par l’ancien « nomade » du nucléaire Philippe Billard et l’Association Henri-Pézerat, fondée par Annie Thébaud-Mony. Areva est en train de conclure un partenariat avec EDF sur l’exploitation des mines d’uranium. « Ce contrat illustrera les nouvelles méthodes de travail avec EDF », assure Luc Oursel, le président du directoire d’Areva. Des « nouvelles méthodes » qui intégreront une véritable prévention de la santé au travail des salariés et sous-traitants ?
Notes

[1] Et à 31 % par la Sopamin (Niger), à 25 % par Ourd (Overseas Uranium Resources Development Company Ltd, Japon) et à 10 % par Enusa (Empresa Nacional del Uranio S.A, Espagne).

Article diffusé sous licence Creative Commons, écrit par Ivan du Roy pour Basta Mag


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