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Devine qui vient déjeuner ! (par Maître Bilger)

vendredi 1 avril 2011 à 11 h 20 min | Aucune réaction

Les déjeuners du président de la République ne peuvent pas laisser indifférent au point que Raphaëlle Bacqué a consacré à l’un d’eux une pleine page passionnante du Monde.

Nicolas Sarkozy avait invité Eric Zemmour, Yann Moix, Denis Tillinac et Alain Carignon. Apparemment, comme il était prévisible, Eric Zemmour qui connaît le président depuis 20 ans a été le plus spontané et le plus direct en face de celui-ci.

Je n’irai pas m’offusquer, comme Claude Askolovitch dans Le Journal du Dimanche, du fait que Zemmour récemment condamné – mais relaxé pour l’essentiel – ait été convié à ce repas. Je ne comparerai pas non plus sa personnalité et sa liberté d’expression à ceux de Tariq Ramadan.

Ce qui m’étonne – mais sans doute suis-je un puritain en voie de disparition – est que le président ait confié à Alain Carignon la charge de lui sélectionner pour ces déjeuners quelques intellectuels de droite. Quel dommage à ce titre qu’une femme comme Chantal Delsol, d’une autre pointure évidemment, ait été oubliée. Dans les tribunes libres qu’elle écrit régulièrement pour Le Figaro, qu’on soit d’accord ou non avec elle, à chaque fois elle parvient à donner des lettres de noblesse à la pensée conservatrice parce qu’elle fuit l’outrance comme le simplisme.

Alain Carignon se voit investi de cette mission qui n’est pas négligeable. J’avoue être surpris de ce que lourdement condamné le 9 juillet 1996 par la cour d’appel de Lyon à 5 ans d’emprisonnement dont 1 avec sursis, 5 ans d’inélégibilité et 400 000 francs d’amende pour des infractions de corruption, abus de biens sociaux et subornation de témoins, il soit si bien rentré en grâce que lui revienne ce privilège de la part du président. On peut se rappeler qu’en 2002, lors de la formation de l’UMP, Alain Juppé s’était opposé à son intégration.

Le puritanisme que j’évoquais s’étonne qu’au plus haut niveau on tienne pour si peu un passé même purgé. Il est vrai que Nicolas Sarkozy l’a toujours soutenu au nom d’une amitié qu’il revendiquait. Alain Carignon dispose aussi de relais prestigieux comme celui de Bernard-Henri Lévy qui n’a jamais hésité à parler de lui dans son Bloc-notes du Point.

Ces rituels que tous les présidents ont pratiqués laissent un sentiment d’insatisfaction, de frustration. Plus que jamais, en ces temps troublés, on ose se dire que dans chacun des domaines qui structurent la vie démocratique, on rêverait d’avoir un droit à la parole en face du président, déjeuner à la clé ou non. Parce que les officiels qui l’entourent ne brillent pas par la franchise et sont plus enclins à l’approuver qu’à le dissuader…

Pour ma part, et sans vanité, je me serais bien vu lui exprimer à quel point le président n’a pas tenu les promesses du candidat. On est toujours à la recherche d’une politique pénale avec ce que celle-ci impliquerait de réflexion, de cohérence et de continuité. Les mesures éparpillées, fragmentaires, précipitées – au gré de l’actualité, de l’émotion ou d’un décret présidentiel improvisé – sont loin de répondre à ce que la justice et les citoyens attendent. J’avoue que je ne détesterais pas lui montrer que les magistrats ne sont pas « des petits pois » et qu’il n’est pas obligé de les aimer pour les écouter et peut-être les approuver (Le Figaro).

On a le droit de croire à l’impossible.

Article écrit par Maître Philippe Bilger et diffusé avec son aimable autorisation.






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